lundi 20 juin 2016

Colette Marcassin...

 Elle marchait à petits pas pressés dans un Paris pluvieux. Elle esquivait les plaques d'égouts, échaudée par la chute. La fameuse chute, celle qui lui avait valu fracture-col du fémur-entre quatre murs et enfants-parents au regard « Que va-t-on faire d'elle ? » rageant.

Elle, c'est Colette. Colette Marcassin, 77 ans, une passion immodérée pour l'immodéré, les croissants les matins de semaine et les pains au chocolat les matins de week-end, la consommation appliquée de deux verres de vin par jour et d'un carré de chocolat avec le café. Colette Marcassin, c'est les parties de Scrabble avec les copines le mardi et le vendredi dans le café un peu chic, avec une boîte de pâtisseries (« on n'est pas des sauvages, quand même »). Colette Marcassin, c'est une dame conciliante, qui a bien voulu suivre le conseil farfelu d'un jeune médecin farfelu. « Marchez, au moins ! ». C'est ce qu'il avait dit, en baissant un peu les armes concernant son cheval de bataille. L'ubuesque, l'incompréhensible, le « on en a entendu parler mais on ne l'a jamais vu », le vénérable Rééquilibrage alimentaire. C'est ça, son flambeau, ce qui l'anime en ouvrant la porte aux mamies en phase de dodusation. Alors il lui a dit de marcher, au moins, un peu, quand même, voyons. Il a baissé les bras, oui. Mais si vous n'avez jamais essayé de mettre une vénérable vieille dame au régime, vous ne savez pas ce que c'est. Il avait abdiquer le jour où Colette Marcassin avait fini par enfiler son manteau en agitant un doigt autoritaire et en bramant « Au régime ?! J'ai fait attention toute ma vie, monsieur, alors maintenant, je mange. Je mange ! »

Colette ne se goinfre pas. Elle ne bouffe pas. Elle mange. Elle déguste. Elle cherche. Parce que ce que notre jeune chevalier ne sait pas, c'est que Colette marche pour la gastronomie, rien que ça. Elle marche pour rencontrer le meilleur pain de seigle de Paris, elle marche pour entrer dans une chocolaterie willywonkée, elle marche pour débusquée le maraîcher le plus attentionné. Elle marche pour la liberté de manger.


Colette part tous les matins à 8 heures 45. Elle dit à Pascal, son chien (un épagneul très con mais fort sympathique au demeurant) : « je pars en reportage ». Elle croise son regard implorant en fermant la porte et se promet de lui ramener un souvenir. Un bout de brioche, un os à moelle, une anecdote. Je vous laisse deviner vers quelle offrande le cœur du noble animal balance.  

A suivre...

vendredi 18 septembre 2015

B. et moi

Il y a un truc étrange, un non-dit tapi dans nos silences, une langueur dans le regard qui devra filer doux. Je fais tout pour parler d'ailleurs et de loin, pour parler de rien, très vite et très fort. Entre B. et moi, entre les années qui filent, entre les mots et les gestes qui nappent.
Je me dis que c'est passager. On a perdu un de nos amis. Un truc sale et moche. Notez que je dis "truc" pour masquer les complications. Entre B. et moi, il y a donc une relation étrange. Et notre ami est mort, de la mort sale et moche, parce qu'il ne peut en être autrement. Alors entre B. et moi, il y a eu les larmes, les cris, les coups, la haine et le réconfort. Entre B. et moi, il y a des cafés bus à cinq heures, des danses endiablées dans la cuisine à minuit, des soupirs et des silences. Entre B. et moi, il y a son audace et ma mélancolie, ses tournées et mes pages noircies, Entre B. et moi, il y a ses cheveux encore plus longs que les miens, ses histoires tatouées. Entre B. et moi, il y a mes joues qui se creusent, mes muscles de femme apaisée. Entre B. et moi, il y a des pointillés trop doux pour être honnêtes, il y a tout un gouffre. Je me demande si c'est parce qu'on s'est retrouvé un peu bancal après la mort de T., pulvérisés pulvérisés pulvérisés, hachés hachés hachés. Je me demande si je veux ça alors que je ne veux rien, je me demande si je le veux lui alors que je ne veux personne.

Je me demande comment tout ça a commencé. Un regard trop appuyé, des lèvres trop proches, un soupir à l'oreille, des bras trop serrés. Je me demande comment tout ça va terminer.

mardi 15 septembre 2015

Les petits roupillons et moi

Je me lève tôt.
Tous les jours.
Entre cinq et six heures.

La sieste s'ajoute désormais à la liste de mes bonheurs quotidiens. Je suis loin d’être exigeante, c'est fou. Globalement, mes joies tournent autour de tellement de choses que je pense être un peu heureuse en ce moment. Ou alors j'ai enfin compris que ce n'était pas absolu, cette hérésie. Que ce n'était pas un état, mais une quête.

Sur ces considérations philosophiques de la plus haute importance, je vous présente mes hommages.

samedi 5 septembre 2015

Philippe Delerm & le rhum arrangé.

Notez mes petits doux que ça me fait bizarre de donner un titre à un billet, un vrai titre et pas une date (quelle feignasse je fais). En parlant de date, me revient toujours en tête cette contrepèterie classique et un brin désuète à chaque fois que je dis "On n'a pas le choix dans la date" (cherchez un peu si vous ne la connaissez pas). J'ai toujours l'impression de me dédoubler et m'observer avec angoisse (vous avez trouvé alors ? C'est crade, hein ?). Bref.

Philippe Delerm a encore sorti un bouquin. Ça m'a fait repensé à un garçon avec qui je lisais "La première gorgée de bière", écoutait Damien Rice et buvait du rhum arrangé. Vu qu'il était plus vieux que moi et que j'étais parfaitement cliché, j'avais un mélange d'admiration et d'intimidation à son égard. Et puis j'ai grandi, il a vieilli, j'ai aimé d'autres garçons, il a eu un fils, je suis ici et je ne sais pas si il est là. Bref.

Il y a toujours un truc qui nous faire repensé à un garçon, je trouve ça un peu contrariant. Comme un passé amoureux/sexuel/honteux qui surgit sur le trajet. Enfin, pour être honnête, quand je dis "j'ai aimé d'autres garçons", c'était plutôt "j'ai aimé un garçon". J'ai beaucoup repensé à lui ces derniers jours. Il s’appelait T., il était californien et barbu, et je l'ai vraiment aimé. On a rompu sans larmes, sans cris, ce qui fait que j'ai un attachement particulier à lui. Bref.

Bref.

lundi 24 août 2015

Note du Lundi pluie.

Je me suis levée très tôt et fais du yoga les fenêtres ouvertes sur la pluie.
Répétition générale pour l'automne. Thé chaud et pull un peu trop grand. Les lumières allumées, la poussière d'encens sur le bois de la fenêtre et de la folk qui sent la plage.
Mais l'arrogance estivale traîne encore, dans le thé glacé qui attend dans le frigo, la tarte aux pêches qui sort du four, le maillot de bain qui trempe dans le lavabo et dans la folk qui sent la plage.

samedi 22 août 2015

Note du Samedi d'orage.

Des mots prodigués comme les premiers soins par des jumeaux australiens musiciens et avisés me bercent de courage et de confiance. J'enchaîne les heures de yoga, mange de l'avocat sur du pain grillé, regarde le ciel et attend l'orage.

mercredi 5 août 2015

Note du mercredi nuit.

Je devrais écrire, je devrais l'écrire en majuscule comme on hurle les mains en porte-voix. Et pourtant une torpeur m'englue, ce qui ne m'empêche pas d'être inquiète.
Le soucis a quelque chose de tellement. Et puis un peu. A moins que ce ne soit plutôt.

Voilà. C'est ça, le soucis. Des phrases qui s'élancent, freinent des quatre fers et meurent à bout de souffle.