dimanche 29 juin 2014

Note-pas vraiment note du Dimanche

Je t'écris.
Je voudrais t'écrire pour de vrai, mais je ne sais pas où tu es. Alors parfois, j'enfile des perles de mots pour te souffler ce que ça fait. Dans le bus, je commence par "Cher N.", mets sous pli ce que tu me fais endurer.
L'inquiétude, la colère la colère la colère, le chagrin, l'inquiétude l'inquiétude.
Je te raconte ton absence, ton appartement vide et les clefs dans la serrure, immobiles, qui me hantent.

Je t'écris parce que je n'ai jamais su te dire, te rattraper. Je t'écris parce que souvent, je rêve de toi, vivant, mort, ici et loin.
Je t'écris parce que parfois je suis persuadée que c'est de ma faute.

Je pars en août, loin, faire des choses fantastiques. Alors j'ai peur que tu ne reviennes pas avant, j'ai peur que tu ne reviennes jamais.

Parfois, je t'écris à la fin que tu peux bien aller crever.
Parfois, je t'écris à la fin que tu peux compter sur moi, que je t'aime et que j'espère que tu trouveras.

mercredi 25 juin 2014

Note du Mercredi.

Note du Mercredi de la foule, du soleil et du bruit des travaux.
Les stands de la braderie parasitent les trottoirs, les passants ont les pas lourds et vides et tièdes.

Note du Mercredi des soupirs, des muffins qui tiédissent sur le bord de la fenêtre et de la radio qui volute dans un coin.

jeudi 12 juin 2014

Note du Jeudi.

Note du retour, comme après la convalescence.
Note du ça va mieux, je n'ai plus envie de hurler.

Il y a le soleil qui fait revivre, qui cajole et rassure.
Je marche longtemps. Trottoir ensoleillé, trottoir ombragé, trottoir ensoleillé.
Il y a quelque chose de rassurant dans le retour des beaux jours.

Je tombe amoureuse de couleurs merveilleuses. Ce matin, ocre sur gris pendant mon jogging matinal. Celui où je me suis blessée à la cuisse et qui fait que le médecin a dit "rien jusqu'à lundi".
Le muscle s'est tendu, détendu et distendu, comme une corde de contrebasse.

jeudi 5 juin 2014

Note du Jeudi.

Et tout est difficile aujourd'hui, tout est monstrueux et blessant et choquant et.
J'ai découvert son absence, j'ai plongé dedans et j'ai compris. Les clefs sur la porte, lourdes et immobiles, le téléphone sur la table et les cartons pleins et les meubles vides de lui et les vêtements qu'il n'y a plus et.
Je suis restée devant la porte, et tout en moi se brise, et tout en moi se fond.

Des torrents m'écrasent, il n'y a rien d'autre que ça. Le sol qui palpite sous mes pieds et ma gorge qui se tord.

Des larmes penchées au-dessus du lavabo, se balancent et me quittent.
Mes tempêtes portent des milliers de noms, parce que tout le monde part un jour.

mercredi 4 juin 2014

Note du Mercredi.

Boire la pluie, respirer les matins longs et étirer des reins verrouillés et comme congestionnés. 
Ecouter le mercredi, le café qui est presque prêt et le vent. 
J'ai prévu de faire des choses cet après-midi. 

J'ai envie de retourner à Totnes, et puis à Portland aussi. Et puis en Islande. 
De boire des grands mugs de café en écoutant Sigur Ros, d'écrire des notes et de déchiffrer des plans. 

mardi 3 juin 2014

Note du Mardi.

J'ai couru sans musique, sans chronomètre.
J'ai écouté mes pas, mon souffle et mon sang.
Et étrangement, je crois que j'ai été plus rapide que jamais.
Il y avait la régularité, la rigueur et la force.

Il n'y a rien de plus structurant que le sport.
Ce n'est pas qu'une histoire de muscles, de souplesse et d'équilibre.

Je trouve ça rassurant de savoir qu'il y a cet exutoire.
C'est rassurant de savoir que je peux m'échapper en quelques foulées.
Que je peux courir loin des ennuis, des doutes, de la colère, du chagrin.
Que je peux courir et atteindre le courage, la force et la confiance.

lundi 2 juin 2014

Note du Lundi.

Gris-jaune, gris-gris-jaune-gris, couleurs du jour.

J'ai marché dans un jardin silencieux, mangé des amandes et cuisiné des kilos de légumes.
J'ai acheté des gants de jardin et estimé le temps nécessaire à l'arrachage de mauvaises herbes. Les pluies bretonnes les ont rendues vigoureuses et sans peurs.
J'aime bien, arracher les mauvaises herbes. Un été, en woofing, j'ai désherbé à la main un champs de maïs. Mes avant-bras étaient tétanisés. Mais j'étais très à l'aise dans mes bottes en caoutchouc.
Pendant ces quelques semaines, j'ai appris des choses terre à terre et ancestrales. Traire, faire les foins, rassembler des troupeaux, cultiver. Faire du fromage, du pain et du vin. J'ai appris à me lever tôt et travailler tout de suite, à me promener avec de la ficelle et un couteau. J'ai appris à avoir des empreintes digitales marquées par la terre.

J'irai vivre à la campagne, un jour.

dimanche 1 juin 2014

Note du Dimanche.

C'est le jour des traits détendus, du petit saut à l'épicerie parce qu'on a oublié un truc, des oiseaux dans les arbres et des recettes de Jamie Oliver.

J'ai un rapport à la nourriture très particulier.
Je suis végétarienne. Je ne mange pas de produits qui contiennent de l'huile de palme. Qui sortent d'usines. J'achète dès que je peux mes produits en vrac. Essaie de consommer local et de saison.
En bref, je crois que je fais très attention, et ça n'a absolument jamais été un problème. Parce que j'aime ce que je mange, j'aime ce que je cuisine. J'essaie de convertir deux ou trois personnes. Pas au végétarisme, parce que je ne vois pas quelle légitimité peut permettre de faire ça. Mais à faire attention aux étiquettes. A ce qui se passe dans les usines et les élevages-usines.
"Prends une feuille A4. Et bien une poule à une cage plus petite que ça dans les usines de ponte".

Quand je regarde les paniers au supermarché, les frigos des copains, j'ai l'impression d'être à l'étranger. Ou dans la voiture de Back to the Future.
Quand on me dit "Mais comment tu fais ?!", l’œil inquiet et le souffle en alarme, je souris. Parce que pour moi, c'est normal.
C'est mon normal à moi.

Je crois que c'est une des clés.
Avoir un normal à soi, dans les choses aussi intimes et essentielles que la nourriture.