vendredi 18 septembre 2015

B. et moi

Il y a un truc étrange, un non-dit tapi dans nos silences, une langueur dans le regard qui devra filer doux. Je fais tout pour parler d'ailleurs et de loin, pour parler de rien, très vite et très fort. Entre B. et moi, entre les années qui filent, entre les mots et les gestes qui nappent.
Je me dis que c'est passager. On a perdu un de nos amis. Un truc sale et moche. Notez que je dis "truc" pour masquer les complications. Entre B. et moi, il y a donc une relation étrange. Et notre ami est mort, de la mort sale et moche, parce qu'il ne peut en être autrement. Alors entre B. et moi, il y a eu les larmes, les cris, les coups, la haine et le réconfort. Entre B. et moi, il y a des cafés bus à cinq heures, des danses endiablées dans la cuisine à minuit, des soupirs et des silences. Entre B. et moi, il y a son audace et ma mélancolie, ses tournées et mes pages noircies, Entre B. et moi, il y a ses cheveux encore plus longs que les miens, ses histoires tatouées. Entre B. et moi, il y a mes joues qui se creusent, mes muscles de femme apaisée. Entre B. et moi, il y a des pointillés trop doux pour être honnêtes, il y a tout un gouffre. Je me demande si c'est parce qu'on s'est retrouvé un peu bancal après la mort de T., pulvérisés pulvérisés pulvérisés, hachés hachés hachés. Je me demande si je veux ça alors que je ne veux rien, je me demande si je le veux lui alors que je ne veux personne.

Je me demande comment tout ça a commencé. Un regard trop appuyé, des lèvres trop proches, un soupir à l'oreille, des bras trop serrés. Je me demande comment tout ça va terminer.

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