lundi 17 octobre 2016

Nous nous sommes retrouvées.

Je sentais bien qu'elle m'appelait. Elle insistait un peu, je la trouvais fatigante mais je ne voulais pas perdre mon calme. Elle sait ce qu'elle fait, elle sait comment creuser son trou, faire sa trace dans le canapé. Elle est très douée dans son domaine.
Elle est là, depuis quelques jours. Je n'en suis encore qu'au début, au moment où je braille un peu parce qu'elle prend toute la place. Parce que je veux qu'elle se cache, mieux que ça, et vite vite vite. J'essaie de faire demi-tour, mais ça ne marche pas comme ça.
C'était ma hantise, et maintenant, on y est. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "épisode dépressif".
Je remplis un carnet des horreurs, sous une jolie couverture. Des dessins, des découpages, des mots. Pour la traquer, me cacher derrière les rideaux et surgir en criant "BOUH !". Mais surtout, surtout, pour faire quelque chose d'elle. Je marche un peu la nuit. J'observe mon reflet soucieux dans le miroir. Pendant ce temps, elle a la main mise sur mes matins et mes souffles crispés. Elle orchestre les larmes sous la douche et prend mes livres.

Te revoilà, toi...

lundi 20 juin 2016

Colette Marcassin...

 Elle marchait à petits pas pressés dans un Paris pluvieux. Elle esquivait les plaques d'égouts, échaudée par la chute. La fameuse chute, celle qui lui avait valu fracture-col du fémur-entre quatre murs et enfants-parents au regard « Que va-t-on faire d'elle ? » rageant.

Elle, c'est Colette. Colette Marcassin, 77 ans, une passion immodérée pour l'immodéré, les croissants les matins de semaine et les pains au chocolat les matins de week-end, la consommation appliquée de deux verres de vin par jour et d'un carré de chocolat avec le café. Colette Marcassin, c'est les parties de Scrabble avec les copines le mardi et le vendredi dans le café un peu chic, avec une boîte de pâtisseries (« on n'est pas des sauvages, quand même »). Colette Marcassin, c'est une dame conciliante, qui a bien voulu suivre le conseil farfelu d'un jeune médecin farfelu. « Marchez, au moins ! ». C'est ce qu'il avait dit, en baissant un peu les armes concernant son cheval de bataille. L'ubuesque, l'incompréhensible, le « on en a entendu parler mais on ne l'a jamais vu », le vénérable Rééquilibrage alimentaire. C'est ça, son flambeau, ce qui l'anime en ouvrant la porte aux mamies en phase de dodusation. Alors il lui a dit de marcher, au moins, un peu, quand même, voyons. Il a baissé les bras, oui. Mais si vous n'avez jamais essayé de mettre une vénérable vieille dame au régime, vous ne savez pas ce que c'est. Il avait abdiqué le jour où Colette Marcassin avait fini par enfiler son manteau en agitant un doigt autoritaire et en bramant « Au régime ?! J'ai fait attention toute ma vie, monsieur, alors maintenant, je mange. Je mange ! »

Colette ne se goinfre pas. Elle ne bouffe pas. Elle mange. Elle déguste. Elle cherche. Parce que ce que notre jeune chevalier ne sait pas, c'est que Colette marche pour la gastronomie, rien que ça. Elle marche pour rencontrer le meilleur pain de seigle de Paris, elle marche pour entrer dans une chocolaterie willywonkée, elle marche pour débusquée le maraîcher le plus attentionné. Elle marche pour la liberté de manger.


Colette part tous les matins à 8 heures 45. Elle dit à Pascal, son chien (un épagneul très con mais fort sympathique au demeurant) : « je pars en reportage ». Elle croise son regard implorant en fermant la porte et se promet de lui ramener un souvenir. Un bout de brioche, un os à moelle, une anecdote. Je vous laisse deviner vers quelle offrande le cœur du noble animal balance.  

A suivre...